L'argent qui lutte contre la pauvreté

Le Fonds international de développement agricole (FIDA) s'est associé à l’UPU pour apporter des services de transfert de fonds aux populations rurales pauvres. Son président, Kanoyo Nwanze, explique pourquoi cette agence des Nations Unies basée à Rome finance ce partenariat.

Kanoyo Nwanze, président du FIDA

Améliorer l’accès aux services financiers de base faciliterait la vie à combien de personnes considérées comme pauvres et très pauvres et dans quelles régions du monde?

Kanoyo Nwanze: Selon notre rapport de 2011 sur la pauvreté rurale, la majorité des 1,4 milliard de personnes qui vivent dans l’extrême pauvreté habitent dans les zones rurales. Pour nous, c’est une démarche naturelle de compter sur le potentiel de développement des services financiers pour aider non seulement ceux qui utilisent ces services, mais aussi leur famille et leur communauté d’origine.

Comment l’accès à de tels services les aide-t-ils à se sortir de la pauvreté?

De nombreuses personnes pauvres habitant en zone rurale reçoivent de l’argent de parents partis travailler à l’étranger. Cet argent aide à payer la nourriture, les vêtements et le toit sous lequel elles vivent.

Si ces familles ont accès aux services financiers, et une fois ces besoins fondamentaux assouvis, elles peuvent commencer à économiser ou à investir. Pour maximiser l’effet des rapatriements de fonds, il faut mettre l’argent sur un compte, pas sous le matelas. De cette manière, les fonds peuvent être prêtés à d’autres personnes de la communauté, tandis que les bénéficiaires de l’argent rapatrié perçoivent des intérêts et se créent ainsi un historique créditeur pouvant leur ouvrir la porte à d’autres services financiers.

Pourquoi les transferts de fonds sont-ils une part importante de la palette des services financiers?

Les rapatriements d’argent peuvent donner à des millions de familles accès à plus de services financiers. Mais, avant tout, l’argent rapatrié par les migrants permet à ceux restés au pays de sortir de la pauvreté.

Cet argent représente plus de 10% du produit intérieur brut (PIB) dans près de 40 pays, et plus encore dans d’autres. De par leur seul volume, les remises d’argent stimulent les économies locales et améliorent la vie des gens chez eux, faisant de l’émigration un choix au lieu d’une nécessité.

Comment les gens bénéficient-ils des transferts de fonds?

Aujourd’hui, 355 bureaux de poste ruraux du Bénin, du Burkina Faso, du Mali, de Mauritanie, du Niger et du Sénégal sont désormais connectés au réseau de paiement électronique mondial de l’UPU. Les populations rurales de ces pays n’ont plus besoin de parcourir de longues distances pour envoyer ou recevoir de l’argent.

Les délais de transmission ont été ramenés de deux semaines à un maximum de deux jours, et le coût des rapatriements a été grandement réduit. Pour illustrer l’importance des transferts de fonds par le réseau postal, prenons le cas de Kersignané, au Mali. Ses habitants ont construit, avec l’aide d’émigrés installés en France et de la poste, un bureau de poste pour pouvoir bénéficier de ce service dans leur petite ville. Cela montre à quel point ces transferts de fonds sont vitaux pour les populations des pays en développement et le rôle de premier plan que jouent les réseaux postaux dans l’offre de services financiers.

 

 

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