Médaille d'or 2015

Première Place - Médaille d'or

Sara Jadid, 13 ans (Liban)

Liban, Tripoli, le 14 février 2015

 

À tous ceux qui œuvrent pour détruire mes rêves et à tous ceux qui ont décidé de tuer le bonheur dans mon cœur…Un salut imprégné des larmes du désespoir… un salut gorgé de douleur et d’espoir, douleur de ce dont je souffre et un espoir d’un futur meilleur.

D’ici, d’un monde qui me fait souffrir, j’écris ouvertement des lignes de mots qui dépeignent un monde que je vois dans mon imagination et que je concrétise en forme de lettre, pour qu’il devienne, peut-être, vrai. D’ici, à partir de ce monde obscur, je rêve de vivre dans un monde lumineux, même s’il est au-delà de l’horizon… D’ici, et par le biais de ces mots, j’œuvre pour frapper aux portes des consciences des terroristes dont le sens humain s’est endormi alors que les balles de guerre s’y sont réveillés… D’ici sont nés mes mots, conséquence de cette atmosphère imbibée de guerre dans laquelle nous vivons.

Mon monde est différent, il est loin de la haine, de la rancune, de la guerre et du sectarisme. C’est le drapeau de l’excellence qui flotte sur mon monde et s’unissent sous ses cieux le croissant de l’ouverture et le soleil de la liberté. A chaque fois que je ferme les yeux, je rêve d’un monde dans lequel volent les colombes et brillent les lumières des villages au flanc de la montagne tous les soirs.

Mon monde est rêve qui a dépassé tous les chemin, sans exception, pour arriver aux bateaux du port et voyager avec le soleil pour se coucher avec lui derrière l’horizon, et toucher l’arc-en-ciel, pour être accompagné par la lune au chemin de retour de ses places où se retrouvent les gens sous les feux d’artifice , les doigts de nuages pour célébrer leurs fêtes communes. C’est un monde où se retrouvent les civilisations, où l’on trouve de vieux marchés, des maisons aux fenêtres rose.

Mon monde est bercé à la fois par les chants des minarets et le son de cloches des églises et y brille une étoile élégante entourée de plusieurs astres dansant autour d’elle chaque nuit. C’est un monde qui ouvre ses bras pour accueillir le monde entier, noirs et blancs, sans discrimination.

Je ne veux pas que mon monde soit une usine de poudre à canon, et je ne veux pas que ses enfants soient victimes de division, mais je veux qu’il soit une usine qui fabrique des hommes, un pourvoyeur de sciences, de connaissances et de culture. Je veux qu’il soit une colombe portant un rameau d’olivier dans un monde frappé d’orages, qu’il soit un phare qui guident au loin les bateaux pour s’y réfugier.

Je veux voir sa lumière dans ses nuages et les rires dans ses larmes.

Je veux que mon monde soit puissant dans son éternité, fabuleux dans son étendue, grand par les cimes de ses montagnes fières. Je veux qu’il soit un monde où j’aurais des enfants sans me faire de soucis, un monde qui ne sera pas perturbé ni par le retentissement des bombes, ni le crépitement des balles ni les coups de couteaux. Je veux que mon monde soit un château-fort résistant dont les pierres seront les bras de ses enfants et de leur tête haute. Je veux que mon monde soit fier qui refuse de se plier et de baisser les bras, un monde éternel qui me ferait sentir que l’aube se lèvera bientôt.

Je rêve de vivre un jour dans un monde dont toutes les saisons sont le printemps, un monde vert, vivant, un monde généreux, bon et fidèle, un monde dont les enfants cherchent à faire le bien.

Je veux un monde sans équivalent, dont les hommes n’auront pas d’équivalents, un monde dont les cimes sont espoir, l’air est amour, la terre est bonne , l’eau est généreuse et qu’il soit le meilleur terreau pour y planter des pousses qui s’alimenteront de sa bonté , qui respirent son amabilité, et qui boivent le sens de la générosité, pour devenir ainsi les meilleures générations d’un futur prometteur dont nous rêvons.

Je veux qu’il y ait de la fidélité dans le ciel de mon monde parce que la fidélité manque à ma terre. Je rêve de trôner sur un monde dont l’amour est le symbole et la fidélité sa base, un monde où ni la traitrise ni la haine n’ont de sens.

Je ne veux pas qu’il y ait de différends entre les hommes de mon monde, je les veux solidaires et unis à jamais, accrochés à leur sol tel une mère à son nouveau-né.

Je veux que mon monde soit le symbole du bien afin d’être rafraichie par chacune de ses goûtes d’eau, par chaque fruit sucré, par chaque ombre chaleureuse, par chaque parfum de lys porté par la brise, par chaque musique de rivière, de source claire, de crépuscule excitant, de coucher écarlate, d’étoiles brillantes et de lune curatrice. Or dans mon monde, les saisons se succèdent sans changement et organisent les systèmes de chaque être vivant.

Je veux que mon monde soit une deuxième mère qui me réchauffera dans son giron gorgé d’amour, d’espoir et de protection. Je veux qu’il soit un monde où l’esprit de rancune se cache derrière les portes de l’oubli afin que les pigeons du futur volent dans ses airs, qu’il rencontre les instants, les instants paradisiaques au fond des lumières, qu’il veille à chaque génération en lui montrant de la tendresse, et non le blasphème et la colère, qui la couchera sur un matelas d’espoir en lui racontant les histoires de l’éternité, les rafraichit avec les règles du futur et veille sur elle avant qu’il ne soit trop tard et qu’elle perde toutes les opportunités. Il s’agit d’un monde puissant  et noble dans son éternité, qui garantit une vie future noble pour ses gloires.

Je le veux comme un père, grand et tendre, avec lequel on est parfois dur, mais qui s’attendrit envers nous. Nous sommes désormais tenus de faire face aux divisions et aux guerres qui ont œuvré pour détruire nos rêves et souhaits.

Tout le monde rêve de toi, monde, or moi je te sens comme une chaleur au milieu des tempêtes d’hiver et je te vois comme un soleil au milieu de la brume du ciel, tu es mon monde, mon refuge, le giron chaud où je me réfugie pour me réchauffer.

Les chemins, les places, les bâtiments et les grandes rues de mon monde ne seront pas pollués par le béton, ses familles ne seront pas des sans-abris, et rien ne remplacera son union…rien ne sera une déception quant à la date de l’indépendance, ou sera en contradiction avec les principes de la constitution ou mènera à la déception.

Je te vois, mon monde, un arc-en-ciel, qui se présente après les crises, dans lequel aucune religion ne vaincra l’autre, et aucune couleur de peau n’aura la supériorité sur l’autre, tu es un monde qui va au-delà des conflits que les humains provoquent, tu es au-dessus de ça.

Enfin, je te dis, maintenant que les paroles vont se terminer et que ma lettre va se terminer, au contraire de mes rêves qui ne se sont pas terminés, et ne se termineront pas, puisque mon monde n’est ni Saturne, ni Venus, ni Mercure, ni Jupiter, c’est un monde qui ne connait ni sectarisme ni racisme, il est sûr, stable et caractérisé par l’humanité et la reconnaissance des droits de l’autre dans tous ses coins.

Longue vie à vous et aux désirs et souhaits

Une citoyenne qui rêve

 

Sara Jadid